🇫🇷 Le deuil comme initiation 🇬🇧 Grief as initiation

🇬🇧 Scroll down for English version of the blog below

Le deuil comme initiation : quand la perte devient un seuil

Nous ne sommes pas venus sur terre pour vivre à moitié. Notre âme cherche l’intensité. La pleine expérience d’être vivante. Et souvent, ce qui nous pousse à nous rencontrer, ce sont ces moments qui nous font perdre pied.

Le deuil en fait partie. On le vit comme une catastrophe. Une effondrement. Un arrachement. Une perte irréparable. Et c’est vrai. Mais c’est aussi autre chose. C’est un seuil.

Le psychothérapeute Francis Weller parle d’une distinction essentielle : une rencontre contenue avec la mort s’appelle une initiation. Une rencontre non contenue devient un traumatisme. La différence n’est pas dans l’événement. Elle est dans la manière dont on le traverse.

Notre société ne sait pas contenir le chagrin ou la perte - d’une personne, d’un amour, d’une identité. Nous n’avons presque plus de rituels. Plus d’espaces collectifs pour pleurer. Plus de communauté pour porter la traversée.

Alors la douleur reste coincée dans les corps.

On nous encourage à être forts. À reprendre vite le travail. À “penser positif”. À faire du développement personnel pour aller mieux rapidement. On essaie de mentaliser ce qui devrait être vécu.

On évite.
On minimise.
On rationalise.

Et ce qui aurait pu être une initiation devient un traumatisme suspendu. Car l’initiation n’est jamais confortable. Elle implique une mort symbolique. Elle exige que quelque chose en nous cesse d’exister pour accueillir ce qui cherche à naitre. Le deuil est précisément cela.

Il comporte trois dimensions fondamentales.

1 - La première est une séparation radicale du monde que tu connaissais.

Quand tu perds quelqu’un, ou un amour, ou une identité, le sol disparaît. Le paysage intérieur change. Tu ne reconnais plus ta propre vie. C’est un entre-deux étrange. Tu n’es plus dans l’ancien monde. Tu n’es pas encore dans le nouveau.

Cet espace est inconfortable. Flou. Gris.

Beaucoup cherchent à en sortir vite. Pourtant, c’est là que l’initiation opère. Dans cet espace sans repère.

2 - La deuxième dimension est une transformation profonde de l’identité.

Qui es-tu maintenant? Après mon deuil, je ne pouvais plus me raconter la même histoire sur moi-même. J’ai dû faire le deuil de la fille et de la femme que j’étais. De certaines illusions. De certaines attentes.

Le deuil ne touche pas seulement ce que tu as perdu. Il touche la personne que tu étais en lien avec ce que tu perds.

Il y a une mort intérieure. Et cette mort fait peur. Parce qu’elle implique de lâcher l’image que tu avais de toi. L’illusion du héros de ta propre histoire. Cette version de toi qui pensait contrôler, prévoir, maîtriser.

Quand cette image devient cendres, quelque chose de plus vaste peut émerger.

3 - La troisième dimension est irréversible.

Tu ne peux pas revenir en arrière. Tu ne peux pas vivre la vie que tu avais avant. Tes yeux ont vu autrement. Ton cœur a été ouvert autrement. Tu as gravi un échelon existentiel. Tu ne peux plus “ne pas savoir”.

C’est pour cela que le deuil est si puissant. Il t’emmène à un endroit d’où il n’y a pas de retour. Pas pour te punir. Pour t’élargir. Mais cela demande une rencontre intentionnelle avec la perte.

Si tu restes dans la posture de victime figée, l’initiation ne s’accomplit pas. Si tu nies ce qui s’est passé, si tu détournes le regard, si tu refuses ta vulnérabilité, si tu fais comme si “tout va bien”, le processus reste suspendu.

Nous serons tous appelés au seuil de nous même. Nous pouvons aussi refuser de le franchir.

L’initiation n’est pas optionnelle dans une vie humaine. Nous serons tout appelés, tôt ou tard à l’initiation. Par la mort, par la perte d’un amour, par une crise identitaire, par une maladie, par un abandon, par une naissance.

La question n’est pas “est-ce que cela va arriver ?”
La question est “comment vais-je le traverser ?”

Un autre point essentiel est la manière dont la culture nous façonne. Nous sommes modelés par notre environnement. Si nous ne sommes pas façonnés intentionnellement par une communauté consciente, nous sommes façonnés par les valeurs dominantes.

Et quelles sont-elles ?

·      La jeunesse Ă  tout prix.

·      La performance.

·      L’argent comme mesure de valeur.

·      L’apparence comme source de pouvoir.

Dans un tel système, le deuil est un obstacle. Il ralentit. Il fragilise. Il expose.

Alors on le cache.

On valorise la résilience rapide. On admire ceux qui “s’en sortent” vite. On évite ceux qui pleurent trop longtemps.

Mais le deuil n’est pas un problème à “réparer”. C’est une conversation à avoir. Une descente dans les profondeurs de soi.

Tout parle. Et ce que nous ne voulons pas entendre, nous finissons par le détruire ou nous laisser détruire par lui.

Le chagrin parle. Il parle de l’amour. Il parle de l’attachement. Il parle de ce qui comptait vraiment. Il parle aussi de ce qui doit mourir en nous pour pouvoir renaitre autrement.

Quand tu entres volontairement en dialogue avec ton deuil, quelque chose s’active.

Francis Weller parle de notre “médecine” personnelle qui émerge après une initiation. Tu reviens différent. Un peu homme ou femme médecine. Plus ancré. Plus humble. Moins dans la posture. Plus dans la vérité.

Il y a une autorité tranquille qui naît quand tu as traversé la mort symbolique. Tu n’as plus besoin de prouver. Tu sais.

Le deuil peut te ramener à la communauté. Non pas pour te replier sur toi-même, mais pour contribuer autrement. Plus consciemment. Plus généreusement.

Car l’initiation n’a jamais été un processus narcissique. Elle sert le collectif. Elle transforme l’individu pour qu’il devienne un pilier plus solide pour le monde autour de lui.

Quand je regarde ma propre traversée, je vois cela. Une ouverture du cœur. Une profondeur accrue dans ma manière d’accompagner. Une présence plus ancrée, plus vraie.

Le deuil m’a fait basculer.

Il m’a aussi redressée autrement.


Pratique somatique pour traverser le chagrin

Si tu lis ces lignes, peut-ĂŞtre que tu es en plein dedans.

Commence simplement. Assieds-toi quelques minutes. Ferme les yeux. Pose une main sur ton cœur.

Inspire lentement. Expire doucement. Laisse émerger l’image ou le souvenir qui vient.

Observe ce qui se passe dans ton corps. Sans commentaire. Sans correction.

Si l’émotion devient intense, tapote doucement le centre de ta poitrine en répétant intérieurement : “Même si c’est douloureux, je m’accueille.”

Puis écris. Une lettre que tu n’enverras pas. Dis tout. Sans filtre. Sans politesse.

Écris ce que tu n’as jamais osé dire, même pas à toi même. Parle à haute voix si nécessaire.

Laisse toi traverser par tes émotions. Sois humain.

Le deuil n’est pas la fin de ton histoire.
Il peut être le seuil d’une vie plus incarnée.
Plus vivante que jamais.


 đź‡¬đź‡§ English version

Grief as Initiation: When Loss Becomes a Threshold

We did not come to earth to live halfway. Our soul seeks intensity. The full experience of being alive. And often, what drives us to meet ourselves are the moments that make us lose our footing.

Grief is one of them. We experience it as a catastrophe. A collapse. A tearing away. An irreparable loss. And that is true. But it is also something else. It is a threshold.

Psychotherapist Francis Weller makes an essential distinction: a contained encounter with death is called an initiation. An uncontained encounter becomes trauma.The difference is not in the event itself. It lies in the way we traverse it.

Our society does not know how to contain grief or loss - of a person, a love, an identity. We have almost no rituals left. No collective spaces to mourn. No community to carry us through.

So the pain stays trapped in our bodies.

We are encouraged to be strong. To return to work quickly. To “think positive.” To use personal development tools to feel better fast. We try to intellectualize what should be felt.

We avoid.

We minimise.

We rationalise.

And what could have been an initiation becomes suspended trauma. Because initiation is never comfortable. It involves a symbolic death. It requires that something within us cease to exist in order to welcome what seeks to be born.

Grief is precisely that. It has three fundamental dimensions:

1 - A radical separation from the world you knew.
When you lose someone, a love, or an identity, the ground disappears. Your inner landscape changes. You no longer recognise your own life. It is a strange in-between. You are no longer in the old world. You are not yet in the new.

This space is uncomfortable. Blurry. Grey.

Many seek to leave it quickly. Yet this is where initiation works. In this uncharted space.

2 - A profound transformation of identity.
Who are you now? After my own grief, I could no longer tell myself the same story. I had to grieve the woman I was, the girl I had been, certain illusions, certain expectations. Grief touches not only what you have lost. It touches the person you were in relation to what you lost.

There is an inner death. And this death is frightening.

Because it asks you to let go of the image you had of yourself. The illusion of being the hero of your own story. The version of you that thought it could control, predict, master.

When that image becomes ashes, something larger can emerge.

3 - It is irreversible.
You cannot go back. You cannot live the life you had before. Your eyes have seen differently. Your heart has been opened differently. You have climbed an existential rung. You can no longer “not know.”

This is why grief is so powerful. It takes you to a place of no return. Not to punish you, but to expand you.

But it requires an intentional encounter with loss.

If you remain frozen in a victim posture, initiation cannot happen. If you deny what happened, look away, refuse your vulnerability, pretend “everything is fine,” the process remains suspended.

We will all be called to the threshold of ourselves. We can also refuse to cross it.

Initiation is not optional in human life. We will all, sooner or later, be called to initiation - through death, through the loss of a love, through an identity crisis, through illness, abandonment, or birth.

The question is not “Will this happen?”
The question is “How will I traverse it?”

Another essential point is how culture shapes us.

We are molded by our environment. If we are not intentionally shaped by a conscious community, we are shaped by dominant values.

And what are those values?
• Youth at all costs.
• Performance.
• Money as a measure of worth.
• Appearance as power.

In such a system, grief is an obstacle. It slows us. Weakens us. Exposes us.

So we hide it.

We value rapid resilience. We admire those who “get over it” quickly. We avoid those who cry too long.

But grief is not a problem to solve. It is a conversation to have. A descent into the depths of ourselves.

Everything speaks. And what we refuse to hear, we end up destroying - or letting it destroy us.

Grief speaks. It speaks of love. Of attachment. Of what truly mattered. It also speaks of what must die within us in order to be reborn differently.

When you willingly enter into dialogue with your grief, something activates.

Francis Weller talks about the “medicine” that emerges after initiation. You return different. A bit like a medicine man or woman. More grounded. More humble. Less performative. More aligned with truth.

A quiet authority arises when you have crossed symbolic death. You no longer need to prove anything. You simply know.

Grief can bring you back to community. Not to withdraw into yourself, but to contribute differently. More consciously. More generously.

Because initiation is never narcissistic. It serves the collective. It transforms the individual so they can become a stronger pillar for the world around them.

When I look at my own journey, I see this. An opening of the heart. A deeper presence in how I support others. A more grounded, more authentic presence.

Grief knocked me off my feet.

It also lifted me up differently.


Somatic Practice to Move Through Grief

If you are reading these lines, perhaps you are right in the midst of it.

Start simply. Sit for a few minutes. Close your eyes. Place a hand on your heart.

Breathe in slowly. Breathe out gently.

Allow the image or memory that arises to surface.

Notice what is happening in your body. Without judgment. Without correction.

If the emotion becomes intense, gently tap the center of your chest while repeating silently: “Even if this is painful, I welcome myself.”

Then write. A letter you will not send. Say everything. Without filter. Without politeness.

Write what you never dared to say, even to yourself. Speak aloud if needed.

Allow yourself to be carried through by your emotions. Be human.

Grief is not the end of your story.

It can be the threshold to a more embodied life.

More alive than ever.

Next
Next

🇫🇷 Tu ne manques pas de volonté. Ton corps manque de sécurité 🇬🇧 You do not lack willpower. Your body lacks safety.